L’annonce tant redoutée est tombée : le frigo est vide et le gosier des oisillons s’ouvre en grand, réclamant la dose quotidienne de brioche/Nutella.

Elle n’y échappera pas, elle doit aller faire les courses. Évidemment, elle travaille du lundi au vendredi, comme la plupart de ses compatriotes. Elle se retrouve donc avec le choix déchirant de passer son samedi après-midi à errer dans les rayons sans fin de son hypermarché ou de faire travailler des gens le dimanche, ce qu’elle refuse. Un peu par sursaut humaniste et aussi parce que ça flingue sa grasse mat’.

En un mot comme en cent, elle n’a pas d’autre choix que d’aller côtoyer le reste de l’humanité occidentale au rayon laitages.

Elle prend son courage et ses clés de voiture à deux mains, et la voilà partie braver la foule.

En arrivant dans le parking bondé, elle regrette déjà de ne pas avoir échangé avec son mec qui gère l’entraînement de foot du petit dernier. Rayon traiteur ou bord du terrain ? Au moins, elle aura du chauffage, elle.

En femme organisée, elle n’a pas oublié ses écouteurs Bluetooth qui lui permettront au moins de gérer son environnement auditif à défaut du reste. En femme débordée, elle a bien entendu oublié de faire une liste, ce qui lui promet deux heures de belle galère.

C’est parti ! Tel un gladiateur, la voilà qui s’élance bravement dans l’arène de la société de consommation.

Bien entendu, à peine franchi le portique, les écouteurs se mettent à biper. Plus de batterie. Ça lui apprendra à ne jamais recharger ses appareils. Tant pis, il faudra faire une croix sur la playlist latino-indie-dubstep sur laquelle elle travaille depuis deux mois et endurer le top 50 diffusé en magasin.

Elle serre les dents et enchaîne. Tout d’abord, l’essentiel : brioche et Nutella. Avec ou sans huile de palme ? Marque connue ou générique ? Le public est sans pitié, il doit être contenté. Ensuite les produits d’usage courant : laitages, pâtes, pommes de terre. Il reste du beurre ? De toute façon, il paraît que c’est mauvais pour la santé. On s’en passera. Mais si les enfants veulent faire un gâteau ? Elle prend deux plaquettes.

Viennent ensuite les produits pour adultes : thé, quinoa, légumes, le tout au rayon bio, parce que c’est bon pour son corps. Moins pour son porte-monnaie.

De la viande ? Pas super écolo, ils s’infuseront la plaquette d’œufs et les trois kilos de tofu achetés à prix d’or au magasin bio du coin. Allez, elle prend une boîte de nuggets, parce qu’elle n’est pas un monstre et qu’elle ne veut pas que ses mômes se souviennent d’elle comme de l’hystérique aux produits « bons pour la santé ».

Maintenant que ça, c’est fait, et tant qu’à être là, elle fait un détour par le rayon beauté. Moins chic que Sephora, mais ça devra faire l’affaire. Hop, un mascara brun, parce qu’elle n’en a pas, un blush corail, parce que c’est la couleur de la saison, et un vernis violet parce que… juste parce que.

Elle fait le point, se dit qu’elle aurait du prévoir des recettes et s’y tenir, parce qu’elle pressent que ce n’est pas avec le contenu de ce caddie qu’elle pourra jouer à Top Chef.

Tant pis, ça fait déjà deux heures qu’elle y est, autant arrêter là le massacre. Elle se dirige vers les caisses. Dans la file d’attente depuis quinze minutes, précédée de huit caddies remplis par des gens qui soit sont les heureux parents de dix enfants, soit ont trouvé le moyen de ne faire les courses qu’une fois par trimestre, elle se demande pourquoi elle n’a pas pensé plus tôt à faire un drive.

La prochaine fois, elle sera plus organisée, mieux préparée. La prochaine fois, c’est son mec qui ira !

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Katia

Bloggeuse amateur & Ecrivain dilettante

Non, ce n’est pas moi sur la photo et c’est la raison pour laquelle j’écris et que je ne fais pas de vidéos.
Rêver sa vie ou vivre ses rêves ? J’avoue que je n’ai pas encore choisi. Et vous ?

Katia Lacourte

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