Ladybugs and Butterflies

Elle se regarde dans le miroir et s’interroge. Est-ce la bonne tenue pour un premier rendez-vous ? N’est-elle pas trop maquillée ? Aurait-elle dû opter pour une coiffure différente ? On voit trop ses oreilles, non ?

Elle s’est sentie comme Cendrillon lorsqu’il l’a invité à sortir, mais ce soir, c’est Javotte qui la fixe dans le miroir. Rien ne va. Sa tenue, ses cheveux, ses cuisses, ses seins. Rien ne va. Elle devrait l’appeler et annuler. Trouver une excuse, n’importe laquelle, juste le temps de trouver une tenue plus sexy, de perdre les trois kilos qui la gênent, de se faire redresser cette dent qui n’a jamais voulu rentrer dans le rang. S’il est vraiment intéressé, il attendra, non ?

Elle se reprend et se redresse devant sa psyché. Ma fille, se dit-elle, il t’a vu en jogging, les cheveux en bataille. Ca ne peut pas être pire, non ? Elle aime bien s’appeler « ma fille » quand elle se donne un coup de pied au fesses. Ca la rassure.

Une dernière vérification dans le miroir de l’entrée. Elle ne fera pas mieux. Pas ce soir en tout cas. Il devra s’en contenter.

Il avait vu pire, ça c’est sûr. Elle qui se moquait des flirts qui démarraient à la salle de sport avait été surprise des papillons qui lui avaient chatouillé le ventre quand il l’avait regardé, la première fois. Elle n’était pas Kim Kardashian, il ne ressemblait pas à Brad Pitt. Il n’empêche, son sourire l’avait retournée. Elle, cramoisie, le cheveu fou au sortir de son cours. Le jogging de secours, le t-shirt informe. Tout sauf l’image Instagram de la fitness queen.

Au bout de deux semaines, elle avait remarqué qu’il allait à la salle en même temps qu’elle, et que le sourire persistait. Alors elle avait pris les devants, avait fait l’idiote face aux machines infernales. Lui, en garçon galant, sûrement trop heureux de ce développement, s’était précipité pour aider la demoiselle en détresse. Marrant de voir que cette combine fonctionnait encore à notre époque.

Au début, elle avait tâté le terrain. Petites conversations banales, histoire de nouer le contact, d’instaurer la confiance. Et puis elle avait cherché les indices. Célibataire ? Check. Autonome ? Check. Serial-killer ?
Et puis, entre deux squats, il s’était lancé. Un café après la salle ? Plutôt un verre après une bonne douche, si ça ne le dérangeait pas.

Elle en est là. Premier rendez-vous. Tenue de ville exigée. Les papillons ont élu domicile dans son ventre, c’est plutôt bon signe, non ?

Sur le chemin, elle se demande s’il sera là. Est-il de ces porcs qui font de la pose de lapin un sport national ? Auront-ils quelque chose à se dire ? L’embrassera-t-il ? S’il devient pressant, jusqu’où le laisser aller pour ne pas passer pour une fille facile ? Et si les choses s’accélèrent, est-ce qu’il la respectera tout de même après ? Elle se déteste parfois, d’avoir ce type de pensées. Pour sûr, il n’a pas ces états d’âme. N’est-ce pas ?

Il l’attend devant le bar. Le sourire est le même, seule la tenue est plus formelle. Il lui ouvre la porte, effleure son bras en la laissant passer. Elle décide de déconnecter sa tête et de laisser les papillons mener la danse. Dans la salle bruissante de conversations, elle entend vaguement « I Gotta Feeling » des Black Eyes Peas.

Un sourire sur les lèvres, elle acquiesce. Tonight’s gonna be a good night.

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Katia

Bloggeuse amateur & Ecrivain dilettante

Non, ce n’est pas moi sur la photo et c’est la raison pour laquelle j’écris et que je ne fais pas de vidéos.
Rêver sa vie ou vivre ses rêves ? J’avoue que je n’ai pas encore choisi. Et vous ?

Katia Lacourte

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