Elle est fatiguée. Tout est douloureux. Parler, bouger, respirer. Être. Prétendre. Qu’elle va bien, qu’elle est heureuse, que tout est pour le mieux.

Tout n’est pas pour le mieux. Tout est pire depuis longtemps. Elle essaye, quelques fois, de trouver un point de départ, une raison objective. Une façon d’expliquer pourquoi elle est comme ça. Elle se dit qu’en trouvant ce qui a tout déclenché, elle parviendra à trouver une solution pour prétendre mieux et peut-être, qui sait, aller mieux.

Elle a forcément été bien, à un moment de sa vie. Ce moment, elle voudrait se le remémorer, y reprendre des forces, mais il lui échappe. Elle ne sait pas quand les murs se sont refermés sur elle mais depuis, ils bloquent tout. Le soleil, les rires, la chaleur. Elle ne sent plus. Elle est vide, grise et terne. Un trou noir, qui aspire l’énergie autour d’elle sans jamais pouvoir la libérer.

Elle voit les gens, inconscients de son vide, tournoyer autour d’elle, comme des abeilles travailleuses, occupés à vivre leur vie. Elle les envie, parfois, de ne pas savoir. De ne pas connaitre les abysses qui habitent son corps, qui noient son esprit. Ils sont heureux, inconscients de cette tristesse qui la submerge.

Quelques fois, ils tournent vers elle leurs yeux interrogatifs, comme s’ils sentaient le froid sourdre de sa peau. Alors vite, elle endosse sa peau d’abeille, bourdonne, détourne l’attention. Les voilà rassurés, autorisés à revenir à leur quotidien.

Elle a été comme eux, avant. Elle a ri, souri, aimé, vraiment. Sans prétendre. Les sensations doivent être quelque part en elle, elle n’a juste plus la clé pour les retrouver. La clé, la force, l’envie. Des mots qui l’épuisent.

Le monde tourne, elle s’est arrêtée. Comme une montre fatiguée qu’on n’a pas pris le temps de remonter. A quoi bon. A quoi bon continuer ainsi. Pour quoi ? Pour qui ?

Partir, prendre le large. Pour de vrai, pour de bon. Elle n’apporte rien à personne et personne ne lui apporte rien. Partir. Pour soulever le voile de sa mélancolie, aller voir ce qui se cache, derrière. Que risque-t-elle ? Rien, le néant, elle est déjà dedans.

Elle explore ses options, se découvre un centre d’intérêt morbide, savoir comment. Comment partir ? Comment réussir. Ne pas foirer ça aussi. L’ultime insulte. Ne pas réussir à vivre et ne pas réussir à mourir. Elle doit au moins gagner cette manche-là, pour obtenir SA revanche sur la vie.

A moins que… à moins que quelqu’un ne la regarde et ne la voit, que quelqu’un ne l’entende et ne l’écoute, que quelqu’un ne tende une main vers elle et ne la touche.

Vraiment.

Elle voudrait sentir à nouveau, qu’on lui donne l’impulsion qui la ferait de nouveau tourner avec le monde, qui la ferait s’échapper de sa singularité, qui lèverait le voile tombé sur sa vie, qui remplirait le vide.

Attendre. Encore une heure, encore un jour ou une semaine. Attendre la vague de trop ou la bouée de sauvetage. Qui viendra en premier ? Qui, de la mort ou de la vie, remportera le combat ? Qui, de l’espoir ou de l’oubli, prendra sa main et lèvera le voile ?

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Katia

Bloggeuse amateur & Ecrivain dilettante

Non, ce n’est pas moi sur la photo et c’est la raison pour laquelle j’écris et que je ne fais pas de vidéos.
Rêver sa vie ou vivre ses rêves ? J’avoue que je n’ai pas encore choisi. Et vous ?

Katia Lacourte

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