Paire de chaussures vides projetant l'ombre d'un homme sur le sol mouillé

Ca y est, une nouvelle page se tourne. Ma formation est terminée. J’ai rendu mon mémoire et passé ma soutenance. De cette expérience est apparue une vérité : Je ne sais pas parler, je ne sais qu’écrire.

Je me rend compte de l’ineptie de cette affirmation, pour ceux d’entre vous qui me connaissent. D’autant que l’exercice oral ne s’est pas mal passé. Disons qu’il s’est passé aussi bien que possible, si l’on tient compte de l’incapacité qu’a mon cerveau à trouver les bons mots au bon moment.

Pour beaucoup, je suis le moulin à paroles, celle qui parle pour ne rien dire, qui ne l’ouvre que pour dire des bêtises ou des insanités ou qui s’amuse à finir les phrases des autres. Je parle beaucoup mais souvent en réaction à mon entourage, et pas toujours à bon escient. Mais posez-moi à côté d’un mutique, vous n’entendrez pas le son de ma voix.

J’ai toujours eu cette difficulté à engager la conversation. Le beau temps, les enfants ou l’âge du capitaine. Quand on a constamment l’impression que l’on n’a rien d’intéressant à raconter, on se tait et on attend l’occasion de placer le bon mot, l’interjection ad-hoc, pour faire rire la galerie puis retomber dans son mutisme.

Demandez à des personnes extérieures, elles vont diront que je suis incapable d’être sérieuse deux minutes, que je ne fais que raconter des idioties, que je suis bruyante et un peu lourde. Et je le reconnais volontiers. Lorsque son cerveau refuse de libérer les mots appropriés ou que l’on bafouille dès qu’un sujet important arrive sur la table, lorsqu’on ne souhaite pas prendre partie parce qu’on ne maîtrise pas le sujet, l’humour et la dérision deviennent vos seules armes. Pour le meilleur et pour le pire. Mais si je le pouvais, je ne parlerais pas.

Cet aspect de ma personnalité ressort particulièrement lorsque je suis avec des personnes avec qui je me sens bien. Lorsque je suis en confiance, je n’ai aucun besoin de mettre des mots sur ce que je ressens à ce moment précis. Etre avec des gens et ne pas avoir besoin de parler est pour moi le comble de l’extase.

Ils sont peu nombreux, ces gens auprès de qui je me tais. Les doigts d’une main suffiront à les compter. Et j’aime à être près d’eux, comme s’ils étaient les seules personnes à comprendre que je ne suis pas l’écervelée qui, gênée d’avoir à s’exprimer, met les pieds dans le plat à la première occasion.

Nous avons toujours été des taiseux, dans la famille de mon père. Je sentais de son côté une grande difficulté à exprimer ses sentiments. Si je n’ai jamais douté de son amour pour moi, celui-ci s’exprimait non par les mots mais par les gestes, les regards, la simple envie d’être l’un avec l’autre. Je ne compte plus les après-midis passées dans le garage de notre maison, à le regarder fabriquer ses meubles, tourner ses pieds de table, écailler ses poissons. J’ai le sentiment de ne comprendre qu’aujourd’hui la force de ce que nous avons pu échanger durant ces instants.

Cette posture réactive peut sembler confortable, d’un point de vue extérieur, mais c’est mentalement épuisant. Lorsque l’on a la fâcheuse tendance à vivre dans sa tête, il est compliqué de devoir agir. Peu savent que mon état naturel est plus immatériel que physique. Si l’occasion m’en était donnée, je passerai ma vie lovée dans un canapé, un lit ou allongée dans l’herbe à rêvasser.

Les limitations imposées par le monde extérieur me hérissent. Je voudrais n’avoir aucune limite physique, mentale ou sociétale. Mais le monde ne fonctionne pas de cette manière. Alors je me conforme et m’adapte.

Et j’écris. Parce que devant mon écran, je ne suis face à personne et personne ne me juge. C’est le seul moment où je décide sciemment d’agir sur mon être immatériel. Et je sais que les mots n’ont pas de limite.
Je peux les soupeser avant de les utiliser, m’assurer qu’ils transmettront le bon message. Lorsque j’écris, je deviens moi, mon autre moi. Pas mon persona.
Je deviens l’ombre. Celle que la lumière extérieure projette à l’intérieur de moi. La taiseuse, l’introvertie, la réfléchie.

Mais l’ombre est d’autant plus sombre que la lumière qui la crée est vive. Voilà ce qui me définit. Je suis une introvertie extravertie. Une dépressive heureuse. Une philosophe écervelée. Une altruiste égoïste.

Ce constat peut être fait pour chacun d’entre nous. Nous sommes le produit de nos contradictions. Mais la vie est trop courte pour penser à se renier. L’acceptation de soi sera la grande leçon de ce tournant de ma vie.

Photo by Shane Kell from Pexels

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Katia

Bloggeuse amateur & Ecrivain dilettante

Non, ce n’est pas moi sur la photo et c’est la raison pour laquelle j’écris et que je ne fais pas de vidéos.
Rêver sa vie ou vivre ses rêves ? J’avoue que je n’ai pas encore choisi. Et vous ?

Katia Lacourte

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