Pensées profondes d'une fille écervelée

Burn-out : Pourquoi on y entre et comment en sortir.

En quelques années seulement, le terme burn-out, terme hype pour désigner l’épuisement professionnel, est devenu d’usage courant, si ce n’est quotidien dans les médias, les discussions. Le mal de la décennie.

Il y a dix ans, nous avions tous mal au dos. Médecins et ergonomes se pressaient au chevet des travailleurs, tentant de soigner ce fléau à base d’exercices et de chaises de bureau adaptées. Et si déjà, à l’époque, nous en avions plein le dos ? Aujourd’hui, c’est le corps entier qui nous lâche.
J’ai vu fleurir autour de moi déprimes, dépressions, arrêts de travail et reconversions. De la part de mes pairs, les quadras, mais également de jeunes trentenaires et même de jeunes diplômés, fraîchement sortis de leurs grandes écoles.

Mais qui suis-je pour m’interroger sur cette tendance, moi qui ai fait mon premier burn-out à 32 ans et mon second à 39. Comme si ma génération et les suivantes étaient en rejet de cet idéal dont on nous avait gavé.

Mais alors pourquoi nous et pas nos parents ? Ont-ils tous fait le boulot de leur rêve ? Seraient-ils immunisés contre cette mélancolie ? Ou sommes-nous nés avec un gène différent qui nous rendrait moins adapté ?

Plutôt que de dire que la génération de nos parents n’aura pas connu cette maladie, je préfère penser qu’elle ne se sera pas autorisée à l’officialiser. Les différentes générations se succèdent et changent de nom comme elles changent de mode de fonctionnement et de moyens d’expression.

La génération de mes parents, j’entends la génération des baby-boomers, avait pour objectif d’être plus heureuse que celle de ses propres parents. Nés à la sortie de la guerre, il leur fallait trouver un travail et le conserver, afin de pouvoir vivre décemment et offrir à leur progéniture confort et sécurité. Offrir une meilleure vie que celle qu’ils avaient vécu.

Mon frère est né sous la génération X, et si pour ma part, je suis née en fin de cette même génération, je me sens plus Y. Les X sont censés être fidèles à leur entreprise, même si leur travail ne leur plaît pas vraiment. Les Y, quant à eux, rejettent la hiérarchie, cherchent du sens et ne considèrent le travail que comme lieu d’épanouissement. Ca, c’est la théorie.
Tout est nuançable, selon ses origines, son éducation et ses aspirations. Mais j’ai tendance à aller dans le sens de cette théorie, pour avoir vécu cet entre-deux.

Née fin 78, j’ai reçu une éducation m’engageant à trouver un travail « stable et sérieux », pour m’assurer la stabilité financière qui ferait à coup sûr mon bonheur. Je voulais dessiner et suivre une carrière artistique. Mais pour mes parents, j’aurai aussi bien pu leur dire que je voulais faire la manche sous les ponts, ça ne les aurait pas plus effrayé.
N’étant pas d’humeur véhémente et n’ayant surtout aucune idée de ce que je voulais faire de ma vie, j’ai suivi la « voie royale ». Bref, je suis allée en fac.

J’ai choisi une voie sans passion, passé mes diplômes, trouvé du travail sans jamais me sentir transportée. Comme beaucoup des gens de mon âge, j’ai choisi la voie de la raison. Notre société, à l’époque, était faite par et pour les cerveaux gauches, les pragmatiques, les techniciens, les cartesiens. Pour les cerveaux droits, les artistes, les empathes, trouver sa voie était compliquée : les sections artistiques et littéraires étaient extrêmement mal perçues, la section psycho de la fac était réservée à ceux qui ne « savaient pas quoi faire de leur vie ». Quant à envisager un métier manuel alors que nous avions « des capacités » ? Dieu nous en préserve.

Nous ne sommes pas là pour faire le procès du système éducatif français, mais force est de constater que les quadras d’aujourd’hui n’avaient que peu le choix de vivre de leur « passion ». Il nous fallait être raisonnable.

Une partie de l’explosion des burn/bore/brown-out vient de cet état de fait. Pour nous qui avons choisi notre avenir professionnel avec raison et non avec passion, est arrivé un point de basculement. Un point où la raison ne fait plus le poids face à nos desillusions.

Il est dit que la génération Y cherche du sens dans ce qu’elle fait. Comment trouver du sens dans une société qui ne tourne que par le fric et le profit personnel ? Certains, ceux pour qui argent et pouvoir sont le moteur, ont trouvé leur place. Mais quid des autres ? Quid de ceux pour qui l’épanouissement personnel passe par la réalisation d’un idéal plus grand que le simple enrichissement personnel ?

Alors, pour répondre à ma première question, on rentre dans cet épuisement professionnel lorsque l’on tente trop fort de se conformer à ce que la société et notre entreprise attendent de nous. C’est à dire soumission, subordination et surtout pas de questions.

Il n’existe pas UN burn-out mais des milliers de combinaisons. Soucis personnels, professionnels, psychologiques. Les raisons peuvent êtres multiples et c’est généralement une combinaison de facteurs qui nous fait sombrer.

Mais sommes-nous tous égaux face à cette maladie ? Y a-t-il un profil plus enclin à entrer dans les affres de ce trouble ? On entend dire partout que le burn-out ne touche que les esprits forts. Mais qu’est-ce que ça veut dire ?

Juste qu’il faut être mentalement extrêmement armé pour supporter pendant des années une situation qui ne nous convient pas. Surmenage, excès de pression ou tout simplement un environnement de travail qui nie notre identité profonde. On peut jusqu’au jour où l’on ne peut plus.

Et cette prise de conscience est généralement soudaine. On se lève un matin, comme tous les autres matins. Mais c’est le matin de trop. Il y a peu de chances qu’il soit très différent de ceux qui ont précédé. Ce n’est que la goutte de trop. Le reproche de trop, la réclamation client de trop, la réunion inutile de trop. Peut importe ce qui fait basculer, mais la chute est généralement sévère. Parce que l’on tombe de très haut.

Pour beaucoup, le corps est le messager essentiel. Migraines quotidiennes, crises de larmes ou de panique. Puis le black-out. Chaque expérience est différente mais toutes portent ce constat d’échec : on n’est plus capable.

Mais alors, comment sortir du burn-out ?

Première étape : accepter que l’on fait un burn-out.

Personnellement, il m’a fallut plus d’un an pour accepter que je n’allais pas bien. Un an pendant lequel j’ai persévéré dans mes erreurs. Un an où j’ai cherché à mieux me conformer, à mieux performer mais où je n’ai réussi qu’à mieux merder. Et pourtant, j’avais été prévenue. Le burn-out naissant avait été décelé par une âme bienveillante. Mais le diagnostic n’était pas acceptable. Et c’est bien le côté pervers du burn-out. C’est parce qu’on refuse de le voir qu’il finit par s’imposer à nous. Comme la politique de l’autruche ne fonctionne qu’un temps, arrive le moment où le corps et l’esprit s’accordent sur les mesures drastiques à prendre pour nous conserver en vie.

Parce que (se) cacher son état, c’est aussi le meilleur moyen pour trouver des solutions radicales pour en finir avec ce mal-être constant.

Seconde étape : Accepter de lâcher-prise.

Accepter de s’arrêter. Arrêter de penser que nous seuls pouvons réaliser ce travail qui nous tue. Arrêter de penser que l’entreprise qui nous emploie mérite que l’on se tue littéralement à la tâche pour elle. Parce qu’elle ne le ferait pas pour nous. Une leçon dure mais essentielle à intégrer pour avancer.

Lorsque l’on s’investit à fond dans son travail, on peut en venir à penser que nous sommes indispensables à l’entreprise. C’est faux. Aussi important que nous souhaiterions être, nous ne sommes indispensables à personne d’autre qu’à nous-même. Nous sommes la seule personne dont nous devons nous occuper en priorité. C’est difficile à entendre. Et pourtant, sur les notices de sécurité des avions de ligne, il est explicitement noté qu’en cas de dépressurisation de la cabine, nous devons mettre notre propre masque à oxygène avant de porter secours à nos enfants. Parce que morts, nous ne sommes utiles à personne.

Troisième étape : Accepter l’aide des autres.

Voire même la demander. Parce que parfois, mettre seul son masque à oxygène est devenu trop compliqué. L’homme est un animal social qui a toujours vécu en communauté. Parce que seul, il meurt. Ce qui était valable à l’aube des temps l’est toujours aujourd’hui.

C’est le moment de tester cette nouvelle thérapie par les chats dont vous avez entendu parler depuis des mois. De vous réfugier dans le giron de vos amis et de votre famille. Ou de rejoindre un groupe de parole, si vous confier à des inconnus est plus aisé. Si l’on craque parce que l’on s’isole, le groupe est une thérapie comme une autre.

Quatrième étape : Partir à la rencontre de soi-même.

Vous pensiez les premières étapes compliquées ? Attendez d’arriver à celle-ci. Personne n’est dupe. Si nous en venons à devoir gérer un burn-out, c’est parce que nous nous sommes perdu à un moment ou à un autre.

Personnellement, lorsque cette étape s’est présentée à moi, je ne savais pas par où commencer. Quand on a tenté pendant tant d’années d’être quelqu’un d’autre, on ne sait pas où débuter les fouilles. J’ai alors décidé de commencer par un rangement drastique de mon environnement. Peut-être connaissez vous la méthode Konmari, nommée d’après sa créatrice, Marie Kondo. Désencombrer son intérieur et apprendre à ranger pour retrouver la sérénité. Dans sa méthode, il faut commencer par le moins engageant avant de passer vers le plus personnel. J’ai donc commencé par ranger ma maison. Et au fur et à mesure que je me débarassais du superflu, j’y voyais un peu plus clair. Et le jour où ma maison a été rangée, j’ai su qu’il était temps de s’attaquer au plus personnel.

Cette étape peut être extêmement douloureuse car l’on n’aimera pas toujours ce que l’on trouvera. Mais l’essentiel est de rester honnête face à soi-même pour évoluer.

Cinquième étape : Apprendre à se refaire plaisir.

Revenir à soi, c’est aussi penser à soi et se faire du bien. Mes bouées de sauvetage à moi auront été l’écriture et la musique. Ce blog n’existe que grâce à mon burn-out. Parce que j’avais besoin de sortir ce qui bouillonnait en moi. Et peu m’importait, peu m’importe encore si quelqu’un me lit ou pas. J’en parlais déjà sur l’un de mes premiers posts ici.

Quand à la musique, ceux qui me connaissent bien savent de quel type de musique je parle. Moi, Katia, 39 ans à l’époque, me suis prise d’une passion dévorante pour la K-Pop. J’ai trouvé dans cette musique un biais pour m’exprimer. J’avais besoin d’une plateforme vibrante d’énergie, de joie de vivre, d’une certaine dose de naïveté. J’avais besoin d’une musique qui me ressemble. Mais surtout, j’avais besoin que quelqu’un me dise de m’accepter comme j’étais et de m’aimer de toutes mes forces. Il se trouve que le seul groupe qui prônait ce self-love était coréen. Peu m’importait la langue des messagers qui me dispensaient ces leçons de vie. Et près de deux ans plus tard, ces deux passions sont toujours aussi présentes et vibrantes, preuve de leur bien-fondé.

Lorsque vient ce moment, il n’est plus l’heure de se demander comment les autres percevront votre nouveau hobby, quel qu’il soit. Je connais un homme qui, pour remonter la pente, s’est mis au point de croix, comme si sa vie en dépendait. Et peu lui importait le regard ou le jugement des autres.
Peu importe le biais de votre guérison, écriture, musique, macramé ou sellerie automobile. Tant que vous trouvez ce qui vous fait vibrer, personne ne pourra vous ôter cette richesse et aucune critique ne saura vous atteindre.

Sixième étape : Se réinventer.

Une des clés de la guérison est d’arriver à comprendre les mécanismes qui nous ont fait sombrer pour les démonter et se remonter une machine à soi, dans laquelle nous trouverons notre place. Cela veut dire faire de la place à ces choses qui font qui nous sommes. Beaucoup de personnes choisiront de se réorienter, de se reconvertir. Pour que leur prochain travail soit plus en adéquation avec leurs envies. Mais tout le monde n’a pas la possibilité ni même l’envie de passer par la case formation.

Une fois la crise passée, il est tout a fait possible de repartir dans son quotidien. Mais à ses conditions. A la condition de ne plus s’oublier, de faire attention à soi, de se laisser au centre des décisions.

Guérir d’un burn-out peut sembler un process extrêmement égoïste et c’est le cas. Parce que le burn-out semble frapper ceux qui justement ne savent pas suffisamment penser à eux. C’est pourquoi il faut apprendre à se ménager, à dire non, à s’imposer.

Mon retour d’expérience face à ce changement de direction ? Apprenez à vous respecter et à respecter vos propres besoins. Les gens ne vous respectent pas parce que vous êtes toujours d’accord avec eux, bien au contraire. Apprenez à vous imposer, car seulement en vous imposant pourrez-vous exister à vos yeux et aux yeux des autres.

Cela faisait longtemps que je voulais écrire sur le sujet, mais ça n’était jamais le bon moment. Il est évident que cette analyse n’engage que moi et traite majoritairement d’aspects que j’ai moi-même vécus. J’en oublierai tellement, parce que ce syndrôme ne pourra jamais qu’être effleuré. Si vous avez des expériences ou des points de vue différents, la zone de commentaire est ouverte pour toute discussion construtive sur ce sujet.

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- Katia