Pensées profondes d'une fille écervelée

Narcisse n’est pas mort

Il y a un an de cela, j’étais une personne totalement différente de celle qui vous parle aujourd’hui.
Il y a un an, j’étais dans un état de dépréciation avancée, bloquée, incapable de me reconnaître, de reconnecter avec celle que j’avais toujours penser être. Je n’étais littéralement plus moi mais une accumulation de projections.

J’étais devenue ce que certaines personnes pensaient de moi. Je m’étais conformée, pensant à tort que si une critique était répétée très souvent, elle devait détenir une part de vérité. J’avais perdu ma capacité d’abstraction et le paradigme de départ étant erroné, les remises en question tournaient en rond.

Je savais qu’il n’y avait qu’un seul moyen de retrouver ce moi, enfoui sous des montagnes de dépréciation, de regrets et d’émotions refoulées. Il me fallait plonger au coeur de ma psyché et accepter ce que j’allais y trouver.

C’est un exercice compliqué, qui demande de prendre beaucoup de recul par rapport à nos choix et notre passé. Affronter que ce que nous sommes devenu n’est pas que le fait des autres mais aussi de notre incapacité à gérer l’image que ces autres nous ont renvoyée. Avoir pris pour argent comptant ce que l’on disait de nous, sans questionner. Ou en questionnant trop mais mal.

J’ai donc entrepris cette plongée. J’ai traversé les couches de regrets, de remords et d’émotions empilées les unes sur les autres. Sous cette montagne était une petite fille qui m’a regardé de ses grands yeux noisettes. « Où étais-tu ? » semblaient-ils me dire. « Perdue », voilà ce que je lui répondit. « Je m’étais perdue. »
J’ai pris la petite fille par la main, et j’ai tenté une remontée. J’ai nagé au travers des projections, des émotions. J’ai croisé l’estime de soi et je l’ai invitée à nous suivre.

Au cours du processus, la petite fille, l’estime de soi et moi-même sommes revenues à la surface. Nous avons trouvé une petite île tranquille où nous pourrions nous reconnecter en toute quiétude.
Nous avons parlé, beaucoup. D’elles et de moi. De moi et de moi. Surtout de moi.
J’avais conscience que me tourner en moi-même était un impératif. Je ne pensais pas y trouver un tel plaisir. Narcisse n’était pas mort, il était le compagnon la petite fille et il était remonté avec nous. Il a décidé que nous devions écrire. Ecrire sur nous, Narcisse, la petite fille et moi-même. Parler de notre réconciliation et des progrès accomplis. Et le monde nous a applaudit pour cette initiative.

Et le monde, Narcisse l’apprécie. Il l’apprécie énormément. Il s’en nourrit même.

Aujourd’hui, je suis une personne totalement différente de celle que j’étais un an auparavant. Physiquement, moralement, mentalement. J’ai décidé de ne plus accepter les projections des autres et de ne faire confiance qu’en cette petite fille. J’ai décidé de refaire confiance en ses jugements. De me reconnecter avec mon intuition. Mais c’était sans compter sur Narcisse.

Reconnecter son intuition, c’est se transformer en antenne géante, capter les signaux alentours et réagir aux émotions qui nous entourent. Mes émotions à moi avaient soif de lumière. Elles avait été enfermées trop longtemps. J’avais ouvert la porte, elles ont pris possession de mon corps.

J’ai réappris à rire, à pleurer, à ne plus retenir. La petite fille avait repris possession de son territoire. La petite fille avait repris confiance en elle. Elle redécouvrait l’insouciance. Et l’insouciante appelle la spontanéité.

La spontanéité a du bon, tant qu’elle est utilisée dans le respect des gens autour de soi. Elle vous grise, vous fait vivre l’instant présent. Mais à se regarder le nombril trop longtemps, on risque de s’y perdre et de ne plus trouver la sortie. Ma spontanéité a pris le dessus et m’a fait devenir le jouet de Narcisse. Un monstre d’égoïsme.

Je me suis soudain rendue compte que je ne faisais plus les choses que pour mon plaisir propre, sans vraiment faire attention aux autres. Je faisais et disais ce qui me passait par la tête. Pour faire rire la galerie, pour me rendre intéressante. Pour ne pas garder en moi des choses qui pourraient de nouveau se mettre à pourrir. Tout ceci sans me demander comment ces actes et ces paroles seraient interprétés ou s’ils pourraient blesser mes interlocuteurs. Je me suis déversée sur les autres sans attendre leur accord.

Pour certains, cela peut paraître anodin, j’avais souvent été celle qui mettait les pieds dans le plat, l’écervelée qui parlait sans trop réfléchir. Je réalise aujourd’hui que d’autres auront pris de plein fouet mes états d’âme. Quand on prend plaisir à parler de soi, il est délicat de laisser la place aux émotions des autres. Surtout quand ces autres vous apprécient et ne veulent pas vous blesser. Ils encaissent alors et se retrouvent à devoir gérer vos émotions en plus des leurs. J’ai asséné mes vérités, j’ai fais mes bons mots, j’ai adressé mes requêtes, dans l’inconscience la plus complète.

Puis la réflexion a pris le pas sur la spontanéité et j’ai repensé à tout ce que j’avais demandé aux autres, sans trouver la balance avec ce que je leur avait apporté. Narcisse avait toujours fait partie de moi mais je lui avais laissé trop de place dans ce nouvel édifice.

On n’a jamais fini d’apprendre et nous pouvons toujours devenir une meilleure version de nous-même. Alors à ceux que j’ai blessés ou à qui j’ai fait porter une charge qui n’était pas la leur, je leur présente mes excuses et je les remercie d’être restés à mes côtés malgré cela.
Et je fais aujourd’hui une promesse :
Je promets de dompter Narcisse. Je promets de lui créer un nouvel espace, tout aussi confortable mais plus restreint. Qu’il puisse s’exprimer, continuer de discuter avec la petite fille, mais qu’il laisse de la place aux autres. Tourner sept fois ma langue dans ma bouche, réfléchir aux conséquences de mes paroles. Voilà des notions qu’il me faudra dorénavant appréhender.

Après la confiance en soi, l’insouciance et la spontanéité, il est temps que la maturité prenne la place qui est la sienne.

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Je n’ai jamais eu une âme d’auteure. Créer des personnes, leur inventer une vie sur des centaines de pages, cette simple idée m’épuise.

Mais raconter des tranches de vie et, surtout, tenter d’appréhender la psychée humaine, ça c’est un véritable kiff.

Et où commencer sinon dans ma propre tête, à partir de mes propres expériences.

Et peut-être que celles-ci parleront à certains, parce que même si nous nous imaginons uniques, nos expériences sont généralement universelles.

Alors vous qui passez ici, par hasard ou à dessein, n’hésitez pas à me dire si nous avons partagé une expérience commune. Parce que tout part de là !

- Katia