La peur paralyse. La peur fait qu’on ne fait rien. La peur fait son chemin dans notre tête et coupe tout lien avec la réalité. Tout à coup, tout semble insurmontable. Se lever, bouger, sortir, choisir.

J’ai l’impression d’avoir eu peur toute ma vie. Peur d’échouer mais surtout de réussir. Peur qu’on me demande de faire plus que ce que ne savais faire. Ou plus que ce je croyais pouvoir faire.

Je passe mes journées à regarder ces gens qui font, qui vivent, qui se mettent en danger. Je les regarde, je les envie. Je me dis qu’il doit être possible pour moi d’avoir cette vie. Pas leur vie mais au moins une vie. Plus remplie, moins statique. Je dois cependant affronter ce que je suis : je ne suis pas une faiseuse, je suis une penseuse. Et les penseurs, par nature, envisagent tout et surtout le pire. C’est là qu’intervient la peur.

La peur prend aux tripes et avant même que l’on ne s’en rende compte, notre canapé est devenu notre panic room. Il est le cocon au fond duquel nous sommes en sécurité. A l’abri du danger. Mais de quel danger ? Celui d’enfin faire quelque chose, de prendre des risques ?

Nous vivons dans une société où nous avons tant à perdre et si peu à gagner, semble-t-il. Mais qu’avons nous à perdre, si ce n’est notre temps et notre énergie.

J’écris ces mots du fond de mon canapé, entouré de mes écrans, de mes filtres protecteurs. Ma télé, mon téléphone, ma tablette, mon PC, mon MacBook. Combien d’écrans sont nécessaires pour absorber la vie des autres ? Combien d’écrans dois-je mettre entre moi et le monde extérieur pour me sentir en sécurité ?

Quand j’étais petite, je n’avais pas cette conscience du danger. J’écris le mot danger comme si cette notion avait un quelconque sens dans mon mode de vie. Mais jusqu’à l’âge de 10 ans, j’avais l’impression de n’avoir peur de rien. Et puis l’adolescence est venue, avec son lot de doutes et d’insécurités. Je me suis sentie différente et j’ai tenté de me conformer, sans succès. J’ai étouffé mon potentiel et j’ai embrassé les joies d’une vie simple.

A quel moment prend-on peur de ses capacités et décidons-nous de ne pas les utiliser. Avec le recul, je me rends compte que j’aurai pu faire ce que je voulais. Mes parents m’auraient suivi si je leur avait demandé. Mais, parce que j’ai toujours été entourée et aimée, j’ai peut-être eu peur, par-dessus tout, de perdre ce cocon dans lequel j’avais grandi ?

Agir, se mettre en danger, c’est accepter que les autres ne vous suivront peut-être pas. Ai-je eu peur de prendre mon envol ? De partir du nid ? D’être désavouée par les miens ?

Je n’ai jamais vécue seule. Je n’ai quitté le cocon familial que pour m’installer avec mon homme. J’ai souvent dit que je ne craignais pas la solitude, mais sans l’avoir jamais vécue.  Certes, j’apprécie d’être seule chez moi, je ne crains pas le silence. Pour la simple et bonne raison que je sais que ce silence va être rompu en fin de journée ?

Et puis agir, c’est prendre des décisions et on en revient à la mise en danger. Non pas d’autrui mais de soi. Que faire si cette décision n’est pas la bonne ?

On en vient à ne pas vivre pleinement par peur de prendre un mauvais chemin. Mais existe-t-il réellement un mauvais chemin ? Je veux dire, quand nos parents nous ont donné de solides bases, que nous n’avons pas de névroses qui nous feraient déraper vers des pentes glissantes, quand nous savons que notre famille nous soutient, existe-t-il réellement un mauvais chemin ?

Quand, arrivé à une patte d’oie, nous est donné le choix entre plusieurs chemins, comment choisir ? Le plus long, le plus court, le plus calme ou le plus excitant ? D’autant que la vue de la patte d’oie peut être trompeuse. Nous ne voyons jamais qu’un bout du chemin, nous envisageons le voyage entier par les quelques mètres devant nos yeux. Car il faut bien prendre une décision.

J’ai littéralement eu à faire ce choix, un été de vacances avec mon père. Nous étions partis pour une aventure en canoë, et quelques minutes après notre départ, il m’a laissé le choix entre deux bras de rivière. D’où je me situais, je ne voyais qu’n bras calme d’un côté et quelques rapides de l’autre. J’ai naturellement choisi le bras calme. Celui-ci s’est vite transformé en rivière sauvage, nous avons dû éviter quelques branches et nous avons perdu une casquette dans la bataille. Et encore aujourd’hui, je me demande ce que nous aurions trouvé en passant de l’autre côté. Certes, le départ avait l’air plus effrayant, mais au moins, nous pouvions nous y préparer. Alors que le chemin que nous avons emprunté en toute confiance nous a pris de court.

A cette question, je n’attends aucune réponse, car les deux chemins menaient à notre destination, et nous ne prenions aucun risque réel ni d’un côté, ni de l’autre.

Ce que je veux dire, c’est que nous ne pouvons juger notre futur sur les quelques mètres que nous voyons devant nous, et nous créer un cocon protecteur ne signifie pas que celui-ci sera pérenne.

Alors pourquoi ne pas faire ? Pourquoi ne pas accepter de se mettre en danger ? Pourquoi laisser la peur nous guider dans nos choix ? Je laisse cette question en suspens, parce que je n’en ai toujours pas la réponse et je ne l’aurai peut-être jamais.

Peut-être faut-il faire son deuil de sa vie rêvée et accepter celle, imparfaite, qui se présente à soi. Accepter de la vivre à fond, sans trop penser aux conséquences de ses choix, tant que ceux-ci n’entrent pas trop violemment en conflit avec nos valeurs.

Et puis accepter que nous ne pouvons pas tous être des aventuriers, que le monde a aussi besoin de penseurs. Qu’il n’y a pas de hiérarchie entre ceux qui font et ceux qui regardent, tant que tout est fait avec bienveillance et dans le souhait de faire évoluer sa vie et celle des autres dans le bon sens.

Un serment d’Hippocrate à destination des masses.

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Katia

Bloggeuse amateur & Ecrivain dilettante

Non, ce n’est pas moi sur la photo et c’est la raison pour laquelle j’écris et que je ne fais pas de vidéos.
Rêver sa vie ou vivre ses rêves ? J’avoue que je n’ai pas encore choisi. Et vous ?

Katia Lacourte

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