Je collectionne les burnouts comme d’autres les cartes Pokemon. Sauf qu’à l’instar desdites cartes, je n’ai pas eu de spécimen rare, pas de collector ou même de carte dorée. Juste des bêtes burnouts, tous plus classiques les uns que les autres. Et je vous jure, ça devient lassant.
Bon, ok, celui-ci a été légèrement différent des autres. Le premier, je ne l’avais pas laissé s’installer, alors je n’ai pas eu trop de problèmes à m’en sortir. Mais même imparfait, il compte quand même. On n’oublie jamais sa première fois, même si elle est ratée.
Le second, j’avoue l’avoir mieux soigné. Il a fait les trois phases : surinvestissement, désintérêt et le corps qui lâche. Un modèle plutôt fiable, qui dit ce qu’il est, franchement, sans ambages, et qu’on sait reconnaître même sans avoir beaucoup d’expérience dans le domaine. Et ici, on apprécie la franchise quand elle se présente à nous.
Mais le troisième, Mesdames et Messieurs, je n’ai réussi à le nommer que depuis quelques semaines. Alors qu’il est là depuis janvier 2024.
Et lui, c’est un champion de monde. Parce qu’il a été alimenté comme un feu de bois à l’essence : surcharge de travail, crises existentielles adolescentes, séparation et licenciement économique. Ah, oui, ici, on ne fait pas les choses à moitié !
Et là, l’audience se demande, s’interroge, les fesses au bord du siège, ne comprend pas comment des éléments aussi évidents ont pu passer à la trappe de la conscience aiguisée de votre auteure ici présente. Bien entendu qu’un tel cumul d’événements mettrait même les plus solides à terre.
Oui, je me pose la même question que vous. Comment j’ai loupé ça ? Parce que moi, personne ne me met à terre. Ça n’existe pas, je suis bien trop têtue pour admettre que la vie peut être plus forte que moi. Mais je dois bien avouer que 2024 et 2025 se sont liguées pour me mettre ma race.
« Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement« , disait Boileau. Et énoncer, c’est faire exister. Encore faut-il, pour concevoir, appréhender les choses dans leur ensemble. Et jusqu’à il y a peu, tout ça n’était qu’une accumulation d’événements décorrélés — des deuils nécessaires, des renoncements qui faisaient de la place au renouveau.
Sauf que j’ai démarré une nouvelle course sans passer à la pompe. Le réservoir était vide et je tirais sur la réserve en espérant avoir encore quelques kilomètres de marge devant moi. Je ne compte pas les quelques amis/dates/amants qui m’ont donné quelques bidons pour avancer un peu plus loin, comme je tais ceux qui m’ont siphonné ou à qui j’ai fait don du peu qui me restait.
Et puis en décembre, j’ai admis que rouler à vide ne servait à rien. Alors j’ai accepté de couper le moteur et de commencer à chercher les stations essence les plus proches. Sauf qu’à rouler sur la réserve comme une idiote, j’avais un peu abîmé la machine qui aujourd’hui peine à redémarrer. Vous m’excuserez cette nouvelle analogie un peu douteuse, vous savez que j’en suis friande.
Il n’empêche que je suis fatiguée d’avoir l’impression de ne jamais apprendre de mes erreurs, même si cette affirmation est un peu mensongère. J’ai réellement peur de retomber dans mes travers une fois cette phase terminée, de refaire du tout ou rien, par inconscience ou par incapacité de faire autrement.
Je commence à poser des limites, pour moi et pour les autres, mais cette étape amène aussi son lot de frustration, parce qu’on se sent égoïste de devoir se protéger quand on n’a jamais vraiment appris à le faire. Et même dans ces limites, le tout ou rien revient. Elles deviennent soit trop dures soit trop laxes. Mais elles sont là, et c’est le propre de l’apprentissage.
La première fois n’est jamais parfaite, mon premier burnout est là pour me le rappeler ^^


