Pensées profondes d'une fille écervelée

Une famille sous confinement

« We’re on lockdown »… Non, ce n’est pas le pitch de la dernière saison de The Walking Dead, mais bien la situation dans laquelle nous nous trouvons actuellement. Je dis nous parce que le monde entier est littéralement en train de vivre la même chose au même moment. La mondialisation à son paroxysme.

J’ai eu la « chance » de pouvoir vivre cet événement à partir de points de vue différents mais complémentaires : en tant que femme d’infirmière… pardon, d’infirmier, en tant que représentante des parents d’élèves, donc au plus près des professeurs du collège des monstres et en tant que freelance. Je m’en vais vous le conter.

Ma première impression de ce lockdown a été assez irréelle. Pour moi, cela s’est passé lors d’un débriefing avec l’équipe enseignante du collège suite à une visite musclée à la Direction des Services Départementaux de l’Education Nationale. Nous nous battions pour obtenir plus d’heures pour l’année scolaire à venir et ainsi éviter la fermeture d’une classe de 6ème. Nous étions moralement épuisés de la façon dont notre demande avait été reçue, avec beaucoup de dédain, je l’avoue et une langue de bois crasse. Bref, nous étions légèrement démoralisés lorsque l’annonce de la fermeture des établissements scolaires est tombée. Je me doutais que cela serait imminent, étant donné que l’établissement de santé dont dépend Mister Man avait annoncé dans l’après-midi l’annulation des interventions médicales programmées pour faire de la place, au cas où…

Alors, imaginez-vous annoncer une fermeture des écoles à une cohorte de profs en sous-effectifs et épuisés, une pinte de bière à la main et vous obtenez la coupe du Monde 2018. Des profs en liesse jouant les Français et des parents d’élèves reprenant le rôle des Croates. Oui, parce que nous avons vite compris ce que cette fermeture signifierait pour nous, les parents. Travaillant à domicile, je sais la difficulté de se concentrer avec les ados qui nous tournent autour. Les dernières vacances étaient à peine terminées, je recommençais à trouver un rythme et là, la tuile : 6 semaines à la maison !

Ca, c’était jeudi. On est plutôt content de ne pas avoir à « s’organiser » et on décide de continuer à vivre notre vie. Fast forward à samedi soir. Direction Place Plumereau pour un petit resto entre amis et une fin de soirée dans un bar au hasard. Pas très intelligent en période de pandémie mais que voulez-vous, on n’a jamais su s’inquiéter pour les bonnes choses. On décide tout de même de laisser les monstres aux plantes à la maison, pour ne pas risquer de contaminer un ou deux grands-parents. Bref, on rentre dans le resto à 20 heures et une nouvelle annonce tombe : fermeture des restaurants et des bars ce soir, à minuit. Une ambiance de fin de monde s’abat sur la table. Entendons-nous, pas de morosité, au contraire. Mais lorsque nous sortons du restaurant, on se rend compte que l’intégralité des moins de 35 ans s’est donné rendez-vous dans les bars. Pour soutenir les commerçants ou boire une dernière bière entre amis avant longtemps, que sais-je. Bref, on pouvait presque voir le COVID-19 sauter de verre en verre, euphorique devant tant d’humains réunis au même endroit. Bon, OK, on a merdé.

Dimanche matin, on se demande quoi faire. Voter, pas voter ? On va voter. Parce que ça ne peut pas être pire qu’hier soir et qu’en faisant hyper attention, en ne crachant pas sur tout ce qu’on voit et en retenant sa respiration dans l’isoloir, on devrait éviter de contaminer et d’être contaminé. On se retrouve donc dans notre quartier désert (on est dimanche), sous un beau soleil. On déambule dans les contre-allées, on admire la floraison des camélias et autres magnolias, les enfants reprennent une bouffée d’air frais, redécouvrent cette boule jaune dans le ciel (on leur réexplique ce que c’est). On arrive au bureau de vote, on se lave les mains en chantant Happy Birthday et on fait notre devoir. Bref, un dimanche presque normal.

Puis arrive le lundi. Je décide d’aller à mon espace de coworking, parce que j’en ai toujours le droit et parce qu’il me faut au minimum une journée de tranquillité par semaine pour pouvoir fonctionner corectement. Je découvre que j’y suis seule pour la journée alors je m’installe comme chez moi. Lumières tamisées, musique à fond, cafetière au taquet. Promis, j’ai tout désinfecté en partant. Et puis, lundi soir, ce que l’on présageait tous : le lockdown complet.

J’avais pris le soin de faire des courses classiques pour une dizaine de jours, en faisant attention à ne pas stocker de choses inutiles. On avait du PQ, on n’en a pas repris. J’ai, par contre, dû me battre 48 heures pour trouver une malheureuse plaquette d’oeufs, mais c’est un moindre mal. J’ai décidé, crânement, de faire des courses au magasin asiatique du coin, en me disant que le monde ne s’y précipiterait pas. J’avais tort 🙂

Mardi a été particulier. Rien envie de faire, une ambiance morose, peu d’activité et au final, une journée pour rien. Alors mercredi, on a décidé de se bouger et de se trouver des activités de groupe. On a fait de l’aérobic familial, on a écouté de la musique à fond, on a cuisiné, on a fait un atelier « Autorisation de sortie », j’ai lissé les cheveux de mon fils… on s’est occupé comme on pouvait !

Aujourd’hui, je suis toujours quelque peu déconnectée de la réalité. Parce que j’écris cette chronique au soleil, sur ma terrasse, une tasse de café à la main. Parce qu’on a Canal+, Netflix et Spotify et qu’Internet fonctionne. Parce que nous vivons dans la région qui affiche le moins de cas. Parce que personne autour de moi n’est malade. Parce que je travaillais déjà de chez moi et que mes clients semblent peu affectés par la situation. Parce que mon mec ne travaille pas directement au contact des patients contaminés. Mais on se rend bien compte que tous n’ont pas notre chance. On est inquiets pour nos anciens, reclus dans leurs maisons de retraite, on est inquiets pour nos parents, qui sont plus stressés que nous. On est inquiet pour ceux qui doivent continuer à allez travailler au contact des malades. On est inquiet pour nos amis qui ont dû fermer leur commerce. On est inquiets pour l’avenir, qu’on nous prédit sombre.

Mais je me dis que de l’adversité naissent les plus belles idées. Que l’ancien monde ne fonctionnait plus et qu’un virus, aussi petit soit-il, peut littéralement changer notre façon de voir les choses. Nous aurons des sacrifices à faire, des modes de fonctionnement à revoir, une solidarité à redécouvrir. J’espère juste que quand la crise sera passée, nous en aurons tiré les bonnes leçons, que nous ne précipiterons pas de nouveau dans nos travers.

Nous, nous prenons les choses au jour le jour. Hier, Mister Man est allée faire quelques dernières courses, son autorisation de sortie en poche. Les rues étaient désertes, les rayons à moitié remplis et tous avaient l’air de zombies. Mais nous on s’en fout, on a bien étudié les 9 saisons de The Walking Dead et la 10ème est en cours de diffusion.

Je vous le dis, nous, on est prêts !

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Je n’ai jamais eu une âme d’auteure. Créer des personnes, leur inventer une vie sur des centaines de pages, cette simple idée m’épuise.

Mais raconter des tranches de vie et, surtout, tenter d’appréhender la psychée humaine, ça c’est un véritable kiff.

Et où commencer sinon dans ma propre tête, à partir de mes propres expériences.

Et peut-être que celles-ci parleront à certains, parce que même si nous nous imaginons uniques, nos expériences sont généralement universelles.

Alors vous qui passez ici, par hasard ou à dessein, n’hésitez pas à me dire si nous avons partagé une expérience commune. Parce que tout part de là !

- Katia